Le point hebdo des marchés
La France paie le prix fort sur sa dette, le Yémen s'enfonce dans la guerre |

La guerre au Yémen entre dans une nouvelle phase. Dimanche, le gouvernement reconnu par la communauté internationale a lancé, avec l'appui de l'Arabie saoudite, une vaste offensive pour reprendre tous les territoires tenus par les Houthis. Le président Rachad al-Alimi promet de la mener « jusqu'à la libération du pays ». Au sol, les forces yéménites ; dans les airs, l'aviation saoudienne. L'enjeu dépasse largement les frontières du pays. Le mois dernier, les rebelles alliés de l'Iran se sont emparés du détroit de Bab el-Mandeb et de quelque 150 kilomètres de côtes, alors que la mer Rouge est devenue la principale alternative au détroit d'Ormuz, de fait fermé par la guerre en Iran. La réplique ne s'est pas fait attendre : les Houthis affirment avoir visé des sites de Saudi Aramco à Riyad et à Khurais, sans confirmation saoudienne. Sur le terrain, ils gardent la main et menacent d'isoler Taiz, troisième ville du pays, en coupant sa dernière route vers Aden. Riyad peut compter sur le renseignement américain, mais sur aucun allié au combat. |
ENTREPRISES • Anthropic — Dans son prospectus d'introduction en Bourse, le groupe met en garde contre les « risques existentiels » de sa technologie, ses actionnaires espérant une valorisation de plus de 2 000 Md$ Anthropic prévient ses futurs actionnaires : sa technologie pourrait faire peser des « risques existentiels » sur l'humanité. Près d'un tiers du prospectus d'introduction en Bourse est consacré aux facteurs de risque, jusqu'à la capacité des modèles les plus avancés à manipuler ou à faire du chantage. L'avertissement contraste avec l'ambition de l'opération. Les actionnaires espèrent une valorisation supérieure à 2 000 milliards de dollars, plus du double du dernier tour de table de mai et au-delà des 1 780 milliards atteints par SpaceX en juin. Ce serait l'introduction en Bourse la mieux valorisée de l'histoire. Leur argument : une croissance fulgurante. Le chiffre d'affaires a été multiplié par douze l'an dernier, à près de 4,6 milliards de dollars, et a atteint 11,5 milliards sur le seul deuxième trimestre 2026. Le revers de la médaille tient au coût du développement des modèles : une perte d'exploitation de plus de 8 milliards l'an dernier et 518 milliards de dépenses prévues dans le calcul et les infrastructures. La cotation est attendue cet automne sur le Nasdaq. • Nvidia–Accenture — Nvidia lance un rachat d'actions record de 150 Md$, Accenture bondit jusqu'à 22 % en rassurant sur l'impact de l'IA Nvidia sort l'artillerie lourde. Le champion des puces d'IA a relevé de 150 milliards de dollars son programme de rachat d'actions, un record. Le groupe parie sur son propre titre, à la traîne de ses concurrents : un peu plus de 20 % de hausse depuis janvier, quand AMD a plus que doublé et Intel plus que triplé. À 16,5 fois les bénéfices attendus, l'action n'avait plus été aussi peu valorisée depuis 2015, alors que la direction table sur une croissance d'environ 70 % de son chiffre d'affaires sur l'exercice 2028. Accenture, lui, a apaisé les craintes de voir l'IA tarir la demande de conseil. Le numéro un mondial du secteur a dépassé les attentes au quatrième trimestre, avec un chiffre d'affaires en hausse de 7 % à taux de change constants, à 18,68 milliards de dollars, et un record de 141 contrats d'au moins 100 millions. L'action s'est envolée jusqu'à 22 % jeudi, entraînant Capgemini, qui a pris 8,9 % et la tête du CAC 40, avant que les deux titres ne rendent une partie de leurs gains vendredi. • Schneider Electric — Le groupe négocierait le rachat de l'éditeur américain PTC pour environ 20 Md$, ce qui serait la plus importante acquisition de son histoire Schneider Electric pourrait signer le plus gros chèque de son histoire. Le groupe serait en négociations avancées pour racheter l'éditeur américain de logiciels d'ingénierie PTC, pour environ 20 milliards de dollars, selon des informations de presse. Un accord pourrait être annoncé dès ce lundi, sans garantie d'aboutissement. L'opération éclipserait le rachat du britannique Aveva pour 11 milliards en 2023 et renforcerait Schneider dans les logiciels industriels, conformément à la stratégie offensive de son directeur général, Olivier Blum. Les acquisitions s'enchaînent. En juin, le groupe a annoncé le rachat du norvégien Cognite pour 3,1 milliards de dollars, qui organise les données nécessaires à l'intelligence artificielle. Il a ensuite lancé une OPA de 1,2 milliard d'euros sur le bulgare Shelly, spécialiste de la domotique. Schneider en a les moyens : son bénéfice net a bondi de 30 % au premier semestre, à 2,5 milliards d'euros, alors même qu'il remodèle son outil industriel, entre fermetures d'usines historiques dans la Vienne et ouvertures de sites, notamment à Dunkerque. • SpaceX — Le groupe d'Elon Musk cesse de vendre des vols Falcon 9 à partir de 2028, laissant les opérateurs européens de satellites sans solution de remplacement La fin d'une époque pour le spatial européen. SpaceX ne commercialise plus de vols Falcon 9 à partir de 2028, et tous les créneaux d'ici là sont déjà pris. Seules quelques missions pour la Nasa et la Station spatiale internationale seront assurées jusqu'en 2030. Le groupe d'Elon Musk ne s'est pas expliqué, mais son prospectus d'introduction en Bourse annonçait dès mai une décrue de ces lancements. Le choc est rude pour l'Europe, qui en dépendait largement : l'an dernier, 134 des 396 satellites placés en orbite par les vols partagés de SpaceX étaient européens, à un prix dix fois inférieur à celui d'un lancement classique. Et aucune relève n'est prête. Ariane 6 pourrait se limiter à six tirs cette année au lieu de huit après une anomalie détectée en août, tandis que le premier vol du mini-lanceur Maia n'est pas attendu avant fin 2027. Quant à Starship, la fusée géante de SpaceX, elle devrait être largement réservée aux satellites du groupe. Pour les industriels, l'accès à l'espace va coûter plus cher. • Sanofi–Novartis — Sanofi engage jusqu'à 8 Md$ avec Regeneron pour préparer la relève du Dupixent, Novartis jusqu'à 7,8 Md$ avec le chinois Abogen Sanofi et Novartis misent tous deux sur des accords de licence pour regarnir leurs portefeuilles de médicaments en développement. Sanofi versera à Regeneron 1 milliard de dollars d'emblée, puis jusqu'à 7 milliards selon l'avancement des travaux, pour développer ensemble quatre anticorps à action prolongée visant les mêmes cibles que le Dupixent. L'enjeu est considérable : son médicament vedette a rapporté 15,7 milliards d'euros en 2025, soit 36 % du chiffre d'affaires du groupe, et perdra son exclusivité à partir de 2031. L'accord solde au passage le litige qui opposait les deux alliés depuis 2024. Mais la relève se fera attendre : trois des quatre anticorps n'entreront pas en essais cliniques avant 2027. Novartis, lui, a choisi la Chine. Le groupe suisse pourra verser jusqu'à 7,8 milliards de dollars au laboratoire Abogen pour un traitement à ARN messager contre des maladies auto-immunes comme le lupus. Une opération scrutée de près : en septembre, deux échecs d'essais cliniques en phase avancée lui ont coûté près de 30 milliards de dollars de capitalisation. • Nike — Le groupe poursuit sa restructuration et mise sur des produits conçus pour le marché chinois Le redressement de Nike demande du temps. Le groupe a annoncé jeudi de nouvelles suppressions de postes et anticipe un recul de ses ventes et de ses bénéfices plus marqué que prévu, l'essentiel des économies ne devant se concrétiser qu'au cours des exercices 2029 et 2030. Le titre a cédé environ 8 % vendredi. Revenu aux commandes il y a deux ans, Elliott Hill a engagé le virage : retour vers les distributeurs, recentrage des produits sur le sport, organisation simplifiée. Reste le chantier chinois. Dans son deuxième marché, Nike a vu ses ventes reculer de 29 % depuis 2021, à 5,8 milliards de dollars, face à des marques locales moins chères. La riposte s'organise : une équipe de conception renforcée sur place, davantage de production locale et, dès le mois prochain, la collection la plus adaptée aux consommateurs chinois à ce jour. À partir de l'an prochain, Nike réservera aussi la vente en ligne à ses propres boutiques, de quoi soutenir ses marges. Rendez-vous les 16 et 17 novembre, lors de la journée investisseurs, pour la feuille de route. BRÉSIL Coup de théâtre au Brésil. Flavio Bolsonaro est arrivé en tête dimanche du premier tour de la présidentielle, avec 47,06 % des voix contre 45,12 % pour Lula, pourtant donné favori par les sondages. Le fils de Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d'État et inéligible, a su se présenter en version plus modérée de son père, dont il dépasse les scores de premier tour de 2018 et de 2022. Sa recette : une campagne centrée sur le coût de la vie et l'insécurité, promettant fermeté contre le crime et rigueur budgétaire. Pour Lula, le second tour du 25 octobre s'annonce périlleux. Les quatre autres candidats de droite ont réuni 7 % des voix, dont l'essentiel pourrait se reporter sur son rival. Selon des analystes locaux, le vainqueur du premier tour a toujours remporté l'élection. La droite progresse aussi au Congrès : le Parti libéral des Bolsonaro devient la première force de la Chambre des députés, ce qui renforce les chances d'une loi d'amnistie en faveur de l'ancien président. G7 Washington a obtenu gain de cause. Les pays du G7 vont puiser 100 millions de barils de brut et de diesel dans leurs réserves d'urgence, au fil d'une opération étalée sur quatre mois mais concentrée sur le diesel dans les vingt premiers jours. Pressée de faire baisser les prix à la pompe avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, l'administration Trump avait menacé l'Allemagne et la France de couper ses exportations de diesel, selon des personnes proches des discussions. La menace portait : privée d'une partie des livraisons du Golfe, l'Europe a accru cette année ses achats de diesel américain. Reste que le communiqué ne dit ni quels pays contribueront ni dans quelles proportions. Pour Energy Aspects, il s'agit d'une déclaration politique plus que d'un engagement contraignant. Les marchés ont toutefois salué le geste : le diesel a reculé de plus de 4 % aux États-Unis et de plus de 90 dollars la tonne en Europe. Ce nouveau déstockage prolonge celui de 400 millions de barils coordonné en mars, le plus important de l'histoire. ZONE EURO La zone euro cumule les mauvaises nouvelles. Sur le front des prix d'abord : l'inflation a bondi à 3,8 % en septembre, contre 3,2 % en août et 3,6 % attendus, sous l'effet des carburants et du gaz. Seule consolation, l'inflation sous-jacente reste contenue, à 2,5 % : le choc énergétique ne s'est pas encore propagé au reste de l'économie. Sur le front de la dette ensuite, où la France est en première ligne. Vendredi, l'écart entre les taux à dix ans français et allemands a dépassé 150 points de base, du jamais-vu depuis la crise de 2012, et l'OAT 10 ans a frôlé 5 %, à 4,99 %. Les investisseurs sanctionnent l'incapacité du pays à adopter un budget d'assainissement et une instabilité politique qui promet de s'aggraver avant la présidentielle. L'Italie n'est pas épargnée, avec un écart d'un point face à l'Allemagne. Pour la BCE, l'équation se complique : contenir l'inflation sans attiser les tensions sur les dettes publiques. Les marchés n'anticipent plus que trois hausses de taux d'ici un an, contre quatre la semaine précédente. ÉTATS-UNIS Jeudi, le taux auquel l'État américain emprunte à dix ans a touché 5,34 %, un niveau inédit depuis 2002, avant de revenir à 5,24 %. En cause, le choc énergétique né de la guerre en Iran, qui ravive l'inflation, et l'inquiétude sur les déficits. Cette hausse se répercute sur les ménages : le taux des crédits immobiliers à trente ans atteint 7,28 %, son plus haut depuis près de trois ans. Le lendemain, les chiffres de l'emploi ont déçu. L'économie n'a créé que 29 000 postes en septembre, trois fois moins qu'attendu, les deux mois précédents ont été révisés en baisse de 60 000 emplois et le chômage remonte à 4,2 %. Les économistes relativisent : les chiffres de septembre sont souvent faibles lorsque la fête du Travail, jour férié américain, tombe tard dans le mois, comme cette année. Les marchés n'accordent plus qu'environ 13 % de chances à une hausse des taux de la Fed fin octobre, contre 22 % avant la publication. Avec une inflation à 3,4 % en août, un relèvement en décembre reste largement attendu. ROYAUME UNI – UE Dix ans après le référendum, le tabou européen se fissure à Londres. Andy Burnham juge que le Brexit a fait « plus de mal que de bien » et lance une revue de la politique européenne qui n'exclut aucune option, pas même le retour dans l'Union. Le prochain programme travailliste pourrait ainsi proposer une union douanière, le marché unique, voire une nouvelle adhésion. Premier rendez-vous : un sommet avec Bruxelles en novembre, a priori le 20. Au menu d'un projet d'accord figurent un programme de mobilité pour les jeunes, la levée des obstacles aux échanges agroalimentaires et le rapprochement des marchés du carbone. Le Premier ministre en mesure lui-même la portée : sur l'agroalimentaire, le Royaume-Uni deviendrait un simple « preneur de règles » européennes. De quoi poser, selon lui, la question de la relation à long terme. Pour ne pas faire dérailler le sommet, les sujets qui fâchent, dont la participation britannique à l'initiative « Made in Europe », devraient attendre l'an prochain. Paris et Madrid ont déjà fait savoir que le Royaume-Uni serait le bienvenu. |




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