Le point hebdo des marchés
- Vincent Cartier
- il y a 13 minutes
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Tensions géopolitiques, crispations autour de l’IA |
GROENLAND |
Donald Trump a franchi un nouveau seuil en conditionnant explicitement l’accès au marché américain à l’acceptation par l’Europe de son projet d’acquisition du Groenland. Le président américain a annoncé des droits de douane punitifs pouvant atteindre 25 % sur les exportations de huit pays européens – dont le Danemark, la France et l’Allemagne – tant qu’un accord sur un « achat total et complet » du territoire autonome danois ne sera pas conclu. Justifiée par des arguments de sécurité nationale et de rivalités arctiques avec la Russie et la Chine, cette stratégie est perçue en Europe comme une coercition commerciale assumée. L’Union européenne affiche son unité et envisage l’activation de l’instrument anti-coercition, tandis que le Danemark renforce sa présence militaire au Groenland avec le soutien de ses alliés. Cette crise met à rude épreuve la cohésion de l’Otan, fragilise l’accord commercial UE-États-Unis conclu à l’été 2025 et illustre l’isolement croissant de Washington dans une approche désormais transactionnelle de ses alliances. |

IRAN Après plusieurs semaines de menaces explicites, Donald Trump a salué la décision de Téhéran d’annuler « toutes les pendaisons prévues » de manifestants, affirmant que cette inflexion résultait directement des avertissements américains. Selon les ONG, la répression a pourtant déjà causé plus de 3 400 morts et des milliers d’arrestations, étouffant progressivement la mobilisation. En coulisses, les monarchies du Golfe – Arabie saoudite, Qatar, Oman, rejoints par l’Égypte – ont multiplié les démarches pour dissuader Washington de frapper l’Iran, redoutant une déstabilisation régionale, des représailles contre leurs infrastructures et une perturbation du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz. Le message est clair : maintenir la pression sans basculer dans une confrontation militaire aux conséquences incontrôlables.
ENTREPRISES • Banques américaines – Résultats globalement solides, mais un marché plus exigeant pour 2026 Les grandes banques américaines ont publié des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, portés par la volatilité des marchés et la reprise du conseil en fusions-acquisitions. Goldman Sachs affiche un BPA de 14,01 $ au T4 (vs 11,95 $ un an plus tôt), soutenu par le trading actions (4,31 Md$) et un rebond de 25 % des revenus de conseil (2,58 Md$), malgré un chiffre d’affaires inférieur au consensus (13,45 Md$). JPMorgan publie un BPA record de 5,23 $ pour 46,8 Md$ de revenus, mais adopte un ton plus prudent sur la croissance des prêts et des coûts. Morgan Stanley dépasse les attentes avec 2,68 $ de BPA et 17,9 Md$ de revenus, tirés par la banque d’investissement (+47 %) et la gestion de patrimoine (+13 %). Bank of America confirme la solidité de son modèle avec 7,6 Md$ de bénéfice net, un BPA de 0,98 $ et un ratio CET1 de 11,4 %. Citigroup dépasse le consensus sur le BPA ajusté (1,81 $) mais déçoit sur les revenus (19,9 Md$). Le secteur aborde 2026 avec des bilans solides, dans un environnement de rentabilité plus sélectif.
• TSMC - Signe des résultats record, portée par l’IA et accélère ses investissements Le fondeur taïwanais TSMC a publié des résultats nettement supérieurs aux attentes, avec un bénéfice trimestriel proche de 14 milliards de dollars, en hausse d’environ 39 % sur un an, atteignant un plus haut historique. La marge brute dépasse 62 %, soutenue par la forte demande pour les puces avancées. Les technologies de gravure 7 nm et inférieures représentent près de 77 % des revenus, tandis que le calcul haute performance, moteur clé de l’IA, concentre désormais une part significative de l’activité. Fort de cette dynamique, TSMC anticipe une croissance du chiffre d’affaires proche de 30 % en dollars en 2026 et confirme un programme d’investissements compris entre 52 et 56 Md$, principalement dédié aux procédés de pointe et aux technologies d’emballage avancé. • Sanofi - Envisage une offre relevée sur Ocular Therapeutix Sanofi prépare une offre améliorée pour acquérir la biotech américaine Ocular Therapeutix, après le rejet d’une première proposition à 16 dollars par action, valorisant la société autour de 3,4 milliards de dollars. Le groupe français ne commente pas officiellement ces informations, mais cette démarche confirme son intérêt pour les technologies de délivrance prolongée en ophtalmologie, un axe stratégique de son pipeline. Ocular Therapeutix développe notamment un traitement contre la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), dont la demande d’homologation est attendue aux États-Unis. L’anticipation d’une offre revalorisée a été favorablement accueillie par le marché, le titre de la biotech enregistrant une nette progression à l’annonce des discussions. • Compagnie Financière Richemont – Croissance des ventes au T3, mais marges toujours sous pression L’intérêt de Rio Tinto pour Glencore illustre l’accélération des rapprochements dans le secteur minier, tirés par la recherche de taille critique et l’accès aux métaux stratégiques. Le cuivre apparaît comme le moteur industriel de cette offensive, dans un contexte de transition énergétique et de montée en puissance de l’intelligence artificielle. Une telle opération ferait émerger un géant mondial et accroîtrait la pression concurrentielle sur les autres acteurs majeurs, notamment BHP, tout en soulevant d’importants enjeux réglementaires et d’arbitrage d’actifs.
SEMI-CONDUCTEURS Les tensions autour des puces d’intelligence artificielle se sont accentuées après la décision américaine d’autoriser, au cas par cas, l’exportation vers la Chine des puces H200 de Nvidia. Cette autorisation, délivrée par le département du Commerce, s’accompagne d’une obligation de reversement de 25 % des bénéfices à l’État américain. Dans ce contexte, les autorités chinoises ont indiqué que ces puces n’étaient pas autorisées à entrer sur le territoire, tout en dissuadant les entreprises technologiques nationales de s’en équiper, sans préciser la nature ni la durée de ces restrictions. Cette incertitude a conduit plusieurs fournisseurs de Nvidia à suspendre leur production, alors que le groupe anticipait des commandes significatives. En parallèle, Washington a conclu un accord stratégique avec Taïwan, prévoyant 250 Md$ d’investissements de TSMC aux États-Unis, confirmant la volonté américaine de sécuriser ses approvisionnements en semi-conducteurs avancés hors de Chine.
ETATS-UNIS La proposition de l’administration Trump d’instaurer un plafond temporaire de 10 % sur les taux d’intérêt des cartes de crédit, à compter du 20 janvier, ouvre un débat aux implications économiques majeures. Alors que le taux moyen pratiqué avoisine 23 % et que les encours dépassent désormais 1 200 Md$, la mesure est présentée comme un levier de soutien au pouvoir d’achat. Elle cible toutefois une activité structurellement centrale pour les banques américaines : entre 2010 et 2023, les cartes de crédit ont représenté 16,6 % de la marge d’intérêt, pour seulement 4,5 % des encours. Les représentants du secteur mettent en garde contre un effet contre-productif, marqué par une contraction de l’offre de crédit, en particulier pour les ménages les plus fragiles, et un déplacement vers des formes de financement moins encadrées. Le débat révèle la tension croissante entre impératifs sociaux et stabilité financière.
JAPON Le Japon s’engage dans une séquence politique déterminante. La Première ministre Sanae Takaichi a confirmé son intention de dissoudre la Chambre basse dès l’ouverture de la session parlementaire, ouvrant la voie à des élections législatives anticipées début février. Si sa popularité demeure élevée, sa coalition ne dispose que d’une majorité étroite, tandis qu’une alliance inédite de partis d’opposition tente de l’empêcher d’obtenir une majorité absolue. Cette recomposition interne intervient dans un contexte régional sous tension. Lors d’un sommet bilatéral, Tokyo et Séoul ont acté un renforcement de leur coopération en matière de sécurité, de chaînes d’approvisionnement et de technologies clés, en coordination avec les États-Unis. La convergence des enjeux électoraux et géopolitiques souligne la centralité stratégique du Japon en Asie de l’Est. |
AGENDA ÉCONOMIQUE Lundi 19 Janvier USA - Journée - Fermeture du marché américain
Mercredi 21 janvier EUR - 8H30 - Discours Christine Lagarde - BCE USA - 14H30 - Etats-Unis - Discours du président EUR - 17H45 - Discours Christine Lagarde - BCE
Jeudi 22 janvier USA - 14H30 - Produit Intérieur Brut USA - 16H00 - Indice des prix à la consommation USA - 18H00 - Stocks de pétrole brut
Vendredi 23 janvier JPY - 4H00 - Décision de la BoJ sur les taux d'intérêt EUR - 9H15 -PMI manufacturier France EUR - 9H15 -PMI Services France EUR - 11H00 -Discours Christine Lagarde - BCE USA - 15H45 - Indice PMI manufacturier USA - 15H45 - Indice PMI services |


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